Bonnie Bainbridge Cohen, à l'origine du Body Mind Centering (New-Yok,
19973), avait rencontré Haruchika Noguchi, le fondateur du Seitai, et
elle en témpoigne dans son livre "Sentir, ressentir et agir" (édition
Nouvelles de danse) comme d'une rencontre importante.

En lisant son livre, je me rend compte combien le mot "sensation"
fait référence à des approches différentes. Je vois deux pôles
d'approche de la sensation.

Bonnie part surtout de l'imaginaire (et) des représentations
(anatomiques, physiologiques, culturelles) pour éveiller ? nourrir ?
aboutir à ? « incorporer » la sensation. L'impulsion donnée est
centripète, vers soi. La sensation nourrit à son tour l'imaginaire,
en contrepoint, comme le reflux est nécessaire au flux.

Noguchi part de la sensation qui lui évoque des représentations, des
déductions, vers l'imaginaire donc, le mouvement est dynamiquement
centrifuge, l'imaginaire ne venant qu'en reflux.

Bien sûr ces deux mouvements alternent dans chacune des deux
démarches, mais toujours l'un revient vers l'imaginaire comme source
des sensations, l'autre vers la sensation comme source de
l'imaginaire.

L'imaginaire comme source des sensations, c'est le mental qui parle
en premier et se relie au corps, le façonne, le sculpte. C'est une
œuvre élaborée, où l'imaginaire rend sa poésie au corps. Ceci fait
dire à ceux qui pensent ne pas être poètes, que les sensations sont
du domaine des rêves, de la fantaisie, donc quelque chose de pas
fiable du tout.

La sensation comme source de l'imaginaire, c'est le haïku de la
poésie, brute de décoffrage, la suggestion. Le corps parle en
premier, il se relie au monde, nourrit l'imaginaire. Il rend sa
poésie à l'imaginaire. Les sensations deviennent du coup beaucoup plus
fiables pour les cartésiens. C'est là que je situerai le seitai. Et la danse forum? Probablement au point d'équilibre mouvant de ces deux approches de la sensation

Andréine
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