Notre soirée du 5 mai 2007, après la danse forum, se fera en rapport avec les réflexions de Robert Bresson, Henri Cartier Bresson et Georges Braque, autour du thème de : « le moment décisif ». Chacun est invité à amèner ce qu'il a « collecté » sur ces trois artistes.

En avant-goût, voici quelques perles de Henri Cartier-Bresson, et les réflexions qu'elles ont amenées dans le monde de la photographie, du journalisme et de l'art. Egalement des citations de Braque, qui formeraient volontiers, il me semble, notre pain quotidien de questionnements en danse forum.

Andréine

http://expositions.bnf.fr/hcb/lecon/index.htm

Dans une interview au Monde du 5 septembre 1974, il [H.Cartier-Bresson] insiste sur la nécessité de « s’abstraire, de ne pas essayer de prouver quoi que ce soit ».

«La photo ne veut rien dire, elle ne dit rien, elle ne prouve rien (…) Avoir investi dans la photographie cette valeur de « preuve », affirme-t-il, a créé la concurrence et les photos « bidons ». Quand il s’agit d’une vision personnelle, il n’y a pas de concurrence. Ce qui compte, ce sont les petites différences, les « idées générales » ne signifient rien. Vivent Stendhal et les petits détails ! Le millimètre crée la différence. Et tout ce que prouvent ceux qui travaillent dans la « preuve », c’est leur démission devant la vie. » [....]

« S’abstraire, ne pas essayer de prouver quoi que ce soit » : cette référence au Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc, ouvrage de Herrigel que lui donna un jour Braque, est elle aussi connue et constante, mais elle mérite qu’on y revienne, et qu’on s’y attarde.

De quoi s’agit-il pour le photographe ? De parvenir autant que faire se peut à l’oubli de soi pour atteindre une cible qui cesse donc dans cette fraction de seconde d’être nettement déterminée. C’est tout le contraire de la pratique contemporaine qui consiste à se mettre en avant - et si possible devant les autres - pour capturer une proie dont les contours sont préalablement dessinés. Se mettre en avant, ne pas s’oublier, oublier de s’oublier pour ainsi dire, c’est mettre entre soi et le monde non pas une subjectivité légitime, mais prioritairement une idéologie et une identité dont on est porteur au détriment de celle qu’on a devant soi, qui devient par conséquent autre chose. Ce qu’on capture dès lors est forcément dé-réalisé, c’est pourquoi il est tout à fait logique de dire qu’une photographie, et en particulier un tel procédé, ne prouve rien. Croyant avoir été au bon endroit au bon moment, on ne revient qu’avec une image préfabriquée, pour laquelle un déplacement était finalement inutile sauf, comme on disait autrefois dans les rédactions, pour aller « chercher de la couleur ».

Ces questions de l’intention et de la preuve sont absolument cardinales si l’on veut bien comprendre à la fois le sens, l’orientation, qu’Henri Cartier-Bresson a voulu donner à tout son travail, et les contresens formulés par les pratiques contemporaines du photoreportage.

Les trois principes, énoncés par lui-même, qui définissent le temps et l’espace où il a évolué sont clairement établis dans tous ses textes et propos connus : le hasard objectif emprunté à André Breton marque le croisement du temps et de l’espace ; l’instant décisif emprunté au cardinal de Retz désigne le moment précis du déclenchement, du tir ; enfin la géométrie, qui nomme la forme et la composition, reprend la devise qui fut gravée à la demande de Platon au fronton de l’Académie : « Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre ». Or c’est toujours autour de ce tripode que se déploient les dévoiements de la photographie dans son usage ou sa lecture documentaires.  »

http://www.evene.fr/celebre/biographie/georges-braque-315.php?citations

Les citations suivantes de Georges Braque sont tirées de « Le jour et la nuit » et des « Pensées sur l'art » :

« C'est l'imprévisible qui crée l'événement. »

« Il n'y a que celui qui sait ce qu'il veut qui se trompe. »

« L'action est une suite d'actes désespérés qui permet de gagner l'espoir. »

« La vérité n'a pas de contraire. »

« J’aime la règle qui corrige l’émotion. J’aime l’émotion qui corrige la règle. »

« Avec l'âge, l'art et la vie ne font qu'un. »

« En art, il n'y a pas d'effet sans entorse à la vérité. »

« Les preuves fatiguent la vérité. »

« Où l'on fait appel au talent, c'est que l'imagination fait défaut. »

« Le vrai matérialiste, plus il descend dans la matière, plus il exalte la spiritualité. »
Extrait des Pensées sur l'art

« Ce n’est pas le but qui est intéressant, ce sont les moyens pour y parvenir. »

« Le tableau est fini quand il a effacé l'idée. »

« La conscience est la mère du vice. »

« Le conformisme commence à la définition. »

« Il faut toujours avoir deux idées : l'une pour tuer l'autre. »
Extrait des Pensées sur l'Art

« La vérité existe. On n’invente que le mensonge. »

« Ce qui est entre la pomme et l'assiette se peint aussi. Et ma foi, il me paraît aussi difficile de peindre l'entre-deux que la chose. »

« Il n’est en art qu’une chose qui vaille : celle qu’on ne peut expliquer. »

« L’art est fait pour troubler. La science rassure. »

« Le progrès en art ne consiste pas à étendre ses limites, mais à les mieux connaître. »

« Le vase donne une forme au vide, et la musique au silence. »

« Il faut se contenter de découvrir, mais se garder d'expliquer.
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