C'est une statue qui m'a beaucoup plu au musée d'anthropologie de Mexico, que j'ai visité en décembre dernier. Quand, dans ce musée merveilleux, dans un coin où se trouvaient deux ou trois
vitrines, je suis tombée nez-à-nez avec des petites statuettes, toutes avec des grands sourires et les bras ouverts ou en salutation, j'ai été immédiatement saisie d'un grand émerveillement,
bouleversée, j'avais les larmes aux yeux.
Ce sont des statuettes de la culture totonaque (Véracruz, dans le Golfe du Mexique, env. 500 - 1100 après J.C.). Elles sont appelées « caritas sonrientes » (visages
souriants). Ce qui m'a frappée lors de cette rencontre inattendue avec ces petites femmes, c'est que je m'y suis reconnue immédiatement, je me suis sentie sœur, fille, amie d'elles, qui ont
environ 1500 ans. Et non seulement cela, mais j'y ai reconnu « l'autre », celle qui danse avec moi, celle qui retrouve la pèche en dansant.
Puis j'ai commencé à faire des recherches sur ces êtres étranges et pourtant si familiers - en sculpture, les visages souriants sont si rares !
J'ai trouvé un livre de Jacques Blanc: « La part des mots », dans lequel se trouve un chapitre sur ces statuettes... Et comme par hasard, il lui est arrivé la même histoire qu'à
moi : « Nous nous sommes reconnus, comme si elle m'avait rappelé le souvenir de vieilles rencontres... » Il cite également un livre dans lequel il a trouvé plus d'informations sur la
culture des Totonaques. Ils auraient été « un peuple plutôt gai, d'abord facile, pas trop cérémonieux, sans grand attrait pour la religion et les rites, essentiellement préoccupé de
suggérer la joie de vivre... Ils n'exprimaient aucun message de l'au-delà, ni d'effroi devant la nature ou la mort, semblant avoir oublié les angoisses du sacrifice... »
D'après d'autres sources, elles représenteraient des femmes-accompagnatrices de la vie (guérisseuses, accoucheuses...) et de la vie qui s'en va, des personnes mourantes. On les a trouvées dans
des temples et aussi des tombes, probablement avec le but d'égayer le mort, le faire rire et danser. Certaines d'entre elles ont la bouche entourée de noir. Une explication serait qu'il
s'agirait de terres cuites représentant des prêtresses-guérisseuses qui enlèvent la souffrance, le mal aux autres. Quoi qu'il en soit, elles ont à faire avec la vie, la mort, la fête, la danse,
l'hospitalité, la guérison... et je pense bien d'autres choses encore.
Johanna Bouchardeau
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