Comptes-rendus de nos réunions



Sur la pointe d'une herbe
Devant l'infini du ciel
une fourmi

Osaki Hôsai

Nous étions huit à nous réunir à Venelles, chez Andréine.

Etaient présents : Alexandre, Amanda, Andréine, Bernard, Élisabeth, Guillaume, Johanna et Nadine.
[Aurore, Ken, Lisa et Marie-Aude n’ont pu venir, bien qu’ils l’auraient souhaité. Laurent souhaite participer à la danse forum mais pas aux réunions. Leonardo suit de près les ateliers, et nous envoie de Hollande ses amitiés.]

Cette réunion était une volonté forte exprimée par certains des participants de la danse forum.

Le manque de participation aux ateliers depuis la reprise d’octobre 2007, les questions concernant les ateliers publics, le lieu du forum des ateliers ainsi que les horaires et d’autres questions étaient à l’origine de cette volonté.

Andréine avait préparé la réunion, en envoyant à chacun des participants une liste de points à aborder lors de la rencontre. Elle s’est inspirée du livre « Micropolitiques des groupes, pour une écologie des pratiques collectives » de David Vercauteren, HB Editions, pour la méthodologie de notre discussion.

Lors d’une courte pré-réunion, la méthodologie a été validée par les personnes présentes, en fait tout le monde excepté Guillaume, dont l’arrivée a « sonné » le début de notre entretien.

Voici ces consignes :
Tout d’abord effectuer un tour de table appelé « point météo », lors duquel chacun exprime son état du moment et ce qu’il attend de cette réunion.
Ensuite il a été expliqué que chacun pouvait s’attribuer un rôle par rapport au déroulement de la réunion, à savoir ; veilleur du temps, de l’ambiance… Il a été rappelé l’importance pour le groupe de se « senbiliser aux signes » de désintérêt, d’impatience, d’agacement…
La consigne suivante fut celle du « pas de côté ». A certains moments de la réunion, un « pas de côté » est nécessaire. C’est un retour à une position « méta » qui permet de porter un regard plus global sur ce qui est en train de se passer, sur ce qui s’est passé et ce à quoi ça nous mène (toujours du point de vue du déroulement de la discussion). En bref, c’est prendre de la hauteur et re-cadrer la discussion.
Le point suivant est l’élaboration des objectifs formalisés par une série de questions auxquelles chacun souhaite répondre.
Une fois cette phase de préparation terminée, vient la discussion guidée par les objectifs et les « pas de cotés ».
La dernière chose rappelée a été l’importance de finir la réunion (un début, un milieu, une fin) afin de fixer et capitaliser les acquis de la discussion.


Une fois l’introduction terminée, la suite sera composée :
D’une vue d’ensemble des points météo
D’une liste exhaustive des questions
Du plan de la discussion issu de ces questions
Du rapport de la discussion
Des différents projets
Et du bilan de la discussion.



Point Météo :

Les mots qui sont sortis de la bouche de chacun étaient :
Ouverture
Impatience
Tient à cœur
Besoin vital
Espionnage... (Bernard)
Observer l’évolution du groupe
Parfois le sentiment d’éloignement face au manque de disponibilité
Crainte que l’atelier danse forum s’arrête.


Les Objectifs :

Liste des questions :
Motivations de chacun à pratiquer la danse forum ?
Est-ce que nous nous situons dans un processus « vers l’avenir », ou dans une démarche/préoccupation tournée « vers le devenir », de notre pratique ?
Quelles sont les raisons (contraines, inadéquations) qui empêchent l’assiduité à l’atelier ?
Déterminer la question de l’assiduité nécessaire et/ou suffisante de la présence à l’atelier ?
Aspects pratiques : Où, quand, comment et dans quel but ?
Quels sont nos projets ?
Qu’est ce qui fait que la danse forum se transforme ?
Pourquoi (et le sent-on ?) la DF a-t-elle besoin de se transformer ?
Notre pratique actuelle stagne, selon certains participants. Pourquoi ? Comment peut-on y palier ?
Souhait de parler de danse, afin d’approfondir notre pratique.
Souhait de parler de chant, d’enrichissement mutuel avec la danse.
Souhait de parler de théâtre, id.


Plan de la discussion :

Motivations de chacun à participer à la DF
Les contraintes de formes et de fond de la DF
Le devenir, l’avenir, les projets
Le bilan


Les Motivations de chacun :

Nadine :
Désir : Danser tous les jours dans cette pratique de la danse.
Besoin : Continuer cette pratique avec ou sans vous.
Possibilités : Adaptables dans une large mesure.
Engagement : Grand.

Johanna :
Désir : Danser est un besoin vital pour moi, un plaisir énorme.
Question : Comment à travers la mise en mouvement du corps et ce plaisir énorme, et le « chercher ensemble », on peut mouvoir les micropolitiques de notre vie et éventuellement les transformer. Pour le dire pompeusement : comment changer le monde à partir d'une pratique du corps? C’est par la DF que j’ai trouvé un début de réponse, et notre recherche va, pour moi, dans ce sens.
Besoin : Pouvoir en faire plus.
Degré d’engagement : Assez fort mais pas suffisant (trop d’autres choses à côté, que je compte diminuer petit à petit, pour laisser plus de place à la DF).

Amanda :
Possibilité dans un lieu dans lequel je me sens bien d’explorer des subtilités, des contradictions en nous. Evoluer.
«- Elle me fait du bien » : possibilité de lire dans le corps.
Toucher au « sublime » fait revenir à la DF.

Alex :
Découverte de soi, endroit où l’on peut s’abandonner.

Andréine :
A chaque atelier il y a au moins un moment où quelque chose éclot, ça me nourrit.
Engagement : Très fort.

Guillaume :
Désir, besoin : Se faire du bien, collectivité, activité créative et travail de recherche.
Engagement : plus motivé par la pratique (le « faire ») que par le travail de conceptualisation.

Elisabeth :
J’ai senti que c’était juste, dans ma démarche.
J’apprécie que ça soit toujours en recherche, que ça soit dans le vrai, dans l’instant.

Si on doit faire un rapide résumé des motivations à pratiquer la DF :

C’est une activité de groupe en recherche à la fois coopérative et personnelle, à travers laquelle on touche parfois au sublime, au rare, au vrai, à l’instant.
Malgré les contraintes extérieures et intérieures beaucoup en veulent plus, avec ou sans la structure actuelle.
A noter que certain sont plus attirés par la pratique que par la conceptualisation.


Les contraintes de formes et de fonds de la DF :


Alexandre :
Le moment imparti pour aller jusqu’au moment de « pur nouveau » est mal utilisé.
Il y a des lourdeurs dans la structure de la DF ($ citer lesquelles).
Routine ankylosante.

Andréine :
C’est pourquoi il est important de faire tourner le rôle du joker.
La forme de la danse forum a beaucoup évolué, elle s’est épurée, mais elle n’en est qu’à ses débuts.

Nadine :
Souhait de se servir de la danse forum pour explorer la danse.
Depuis que je suis revenue, je constate que la trame est solide, viable.

Andréine :
Le forum, sous sa forme actuelle, reste d’actualité.
Il faut être flexible.

Amanda :
Le samedi soir, ce n’est pas possible pour moi, car si je veux avoir une vie sociale, c’est le seul moment où je peux voir mes amis. Samedi après-midi conviendrait, ou mieux encore, un soir en semaine.

Guillaume :
Serait-il possible de pratiquer en semaine ?
Il rappelle sa culture de Théâtre forum et l’importance qu’a pour lui la structure et la problématisation.
La structure permet d’avancer.
Question qui reste d’actualité, sur la pertinence de la notion du « faire n’importe quoi », qui apparaît comme un jugement. Le visionnage de la vidéo n’est pas très intéressant pour lui.

Andréine :
Comment faire pour ne pas sacrifier l’évaluation au non-jugement, comment allier l’exigence intérieure à l’accueil inconditionnel de nos essais créatifs ?

Elisabeth :
Il y a trop de place à la parole.
Déséquilibre entre le dialogue et l’action.
Il lui semble possible d’enchaîner les moments de danse sans parler, et réserver un temps de parole pour la fin.

La question du devenir :

Elisabeth, Johanna et Nadine ont exprimé le fait qu’elles avaient pour projet de créer d’autres groupes de danse forum (ou de la danse de la sensation).
Il a alors été dit qu’il fallait communiquer entre ces différents groupes, garder des liens, s’échanger les comptes-rendus pour se tenir au courant de qui fait quoi et comment ; ceci pour pouvoir s’enrichir mutuellement de toutes nos expériences, dans l’esprit de recherche coopérative que nous avons adopté depuis le début.

Elisabeth a exprimé que son atelier, qui commençait à « se chercher » le jeudi après-midi à St-Michel l'Observatoire, n'était pas de la DF, mais de  « L’expression par la voix, le corps et les sons ». Son atelier trouve un lien avec la DF par son aspect fluide du spectateur (specta-danseur) qui peut devenir acteur (danseur) à tout moment et inversement, ainsi que par sa recherche d'être présent (ou ne pas être présent), avec soi-même ou avec l'autre (les autres).

Andréine :
Problème du nombre nécessaire de forumdanseurs lors des ateliers publics.
Une fois par mois est-ce trop?
Risque de se retrouver sans danseur. C’est un poids impossible à porter pour elle.

Amanda :
Au sujet du nombre réduit des spectateurs et des participants en général, Amanda suggère la communication ciblée.
Le problème de la salle (froide ou bruyante) et de son emplacement (loin pour tout le monde) est aussi soulevé à ce sujet.

Andréine :
La communication par des affiches, c’est trop lourd et le résultat est trop faible par rapport au travail que cela demande.
Plus loin, en parlant d’une possible représentation aux méta-ateliers, il est dit que c’est ce genre de communication qui est plus efficace, dans des lieux où le public est déjà dans cette démarche de recherche coopérative.
Il a été constaté que la communication par liste et mails , lorsqu’elle est adoptée par un groupe (ce qui n’est pas encore vraiment le cas), était la plus efficace et la moins laborieuse ; mais chacun reste libre de faire des affiches et de les mettre dans des endroits qu'il pense pertinent ; Andréine a spécifié très clairement qu'elle ne s'occuperait pas de cela.


Au sujet des ateliers publics, l’autre questionnement :

La nécessité d’un engagement est impérative.
Faut-il dire par exemple que telle ou telle personne s’engage, soit à venir tant de fois par mois, soit à venir à tel ou tel atelier public ?
Les ateliers publics mensuels sont-ils nécessaires ?
Ils permettent aux personnes intéressées par la danse forum de se familiariser sans s’impliquer, en restant spectateur. Ils représentent donc une facilité d’accès à la danse forum.
Mais sommes-nous prêts à assumer une représentation régulière ?

Réflexion sur la nécessité d’un noyau pour la pérennité de la DF.
Certain sont d’accord pour en formaliser un par des engagements, d’autres pensent que ça ne s’impose pas, mais que c’est naturel du moment que la pratique attire suffisamment pour faire venir du monde régulièrement.
Le questionnement sur l’engagement débouche sur une autre réflexion : l’engagement lié à la communication.

Andréine :
Exprime le besoin de rester en lien avec les autres participants, même s’ils ne viennent pas aux ateliers. Et ce lien se fait principalement, pour l’instant, grâce à la lecture des comptes-rendus. Chacun peut se tenir au courant et éviter les décalages d’informations (du genre mais de quoi on parle, en ce moment ?)
Guillaume et Amanda ont dit leur manque d’intérêt pour lire les rapports d’ateliers lorsqu’ils n’y ont pas participé. Andréine témoigne de retours favorables envers le blog, par des personnes n’ayant jamais participé à l’atelier.

D’autres questionnements pratiques suivent : le lieu, le jour, l’horaire.
Tout a été fixé au moment de finir cette discussion (voir plus loin).


Puis Elisabeth dût partir.

Juste avant de partir, elle nous a parlé de son projet dans le Pays de Forcalquier-Montagne de Lure, intitulé « Chant Printemps », projet d'une journée chant (un samedi par mois), afin de favoriser et de créer des liens entre les personnes en situation de handicap et le tout-public par la voix et le chant. Ces ateliers s'inspireront en partie de l'expérience de la DF (mais par la voix) et une rencontre entre les chanteurs et les danseurs de DF est prévue lors du dernier samedi, le 21 juin à Forcalquier (14h-16h).

Alors un pas de côté fut proposé.

Johanna :
Plein de choses ont émergé, mais on n’a rien discuté encore en profondeur.

Andréine :
Il faut synthétiser et aller dans le concret.

Bernard :
Point de divergence : des gens qui ont besoin de régularité, d’implication, et d’autres qui viennent et repartent.
Comment accommoder cela ? Il faut que se forme un noyau assez fort.

Retour à la discussion.

Andréine :
Il faut trouver pour l’année scolaire prochaine une salle à Aix-en-Provence, pour abriter la DF si nous n’obtenons pas le samedi après-midi au dojo de Lambesc, et/ou pour abriter l’atelier qui developpera le côté danse de la DF.

Proposition de jour et d’horaires :

Pour l’année prochaine : le samedi après midi, de 15h à 19h, ou le soir en semaine, de 19h00 à 22h30 (ou 23H si accord de tous).
Fréquence hebdomadaire.
Supprimer l’atelier public pour retrouver de l’élasticité. Et cela tant que le noyau n’est pas assez étoffé.

Au sujet de la Communication interne :

La distinction est faite entre relié - pas relié et attiré - pas attiré par la lecture des comptes rendus.
Andréine ne savait pas que la lecture des CR n’intéressait pas des personnes intéressées par la DF.
Proposition :
- De « répondre à l’envoyeur » lorsqu’on lit un mail, ce qui permettrait de savoir qui est intéressé par quoi.
- De mettre des entêtes claires, détaillées et codifiées aux mails, pour permettre à tout le monde de savoir immédiatement, avant de lire le mail, s'il s'agit d'une question pratique d'organisation, d'un CR ou encore d'autres thèmes.

Au sujet de la transformation de la DF :

Elle se transforme à la rencontre d’autres groupes (jusqu’à présent, groupes de théâtre forum), et lorsqu’il y a clarification pour chacun et pour le groupe des motivations et des engagements.

Question :

Faire des ateliers à l’extérieur ?
Oui, la DF ne doit pas s’isoler mais s’enrichir ; s’individualiser sans rester dans sa tour d’ivoire.

Johanna donne une info sur une proposition d’atelier à Saint Etienne les Orgues (04). (voir fin)

Petit résumé interrogatif et subjectif d’Alexandre, le rédacteur du rapport de base sur lequel chacun a fait ses ajouts et rectificatifs :

Sur les contraintes de fond de la DF, les avis sont divers, ça va de : structure trop lourde, trop de parole, à, la trame ça roule, il faut faire tourner les rôles, être plus flexible, la structure permet d’évoluer.

Le pont entre le fond et la forme est le noyau. Si noyau roule, tout roule.
Le manque d’assiduité ? Dû aux impossibilités pratiques et parfois aux manques d’envies ?
Ce qui a été fixé c’est que le noyau est nécessaire, vital. Comment le consolider ?

Etre relié ; il y en a qui lisent les CR, d’autres non. Est-il nécessaire de lire les rapports pour être relié ? Pour certains oui, pour d’autres non. Le contenu des CR doit-il évoluer ? Faut-il imposer de lire les CR ? Impossible et non souhaitable.

Sur la forme
Nous prenons la décision de ne plus faire d’ateliers publics en fin de mois, tant que la situation n’est pas plus claire, question assiduité et mobilisation des danseurs, et tant que le noyau participant de la DF ne s’est pas étoffé.
Il y a de nombreuses possibilités d’ateliers à l’extérieur pour mai, juin et après (voir projets).
Il nous faut faire en sorte que tous les groupes inspirés de la DF communiquent entre eux, réfléchir ensemble à comment mettre en place cette toile.
Trouver une salle sur Aix.
En semaine de 19H à 22H30/23H ou le samedi après-midi de 15H à 19H.
Sondage sur l’intérêt pour les CR.
Répondre aux mails si on les lit, signaler qu’on les a ouverts.
Entêtes claires et standardisées, structurées par thèmes.


Les projets :

Johanna :
- Aller à Bruxelles pour rencontrer le collectif qui élabore des concepts d’autoformation, pour confronter (j’avais écrit conforter…) nos recherches, nos outils.
Aller se confronter au milieu de la recherche sociale et d’autres milieux très divers.

- 17, 18 mai : une rencontre de théâtre Forum a été envisagée, mais il semble que cela ne soit pas possible (salle non adaptée, Andréine et Bernard seront à Varsovie, Johanna sera indisponible, Nadine ? ) Décision à entérimer ensemble.

- 25 mai, 15-18 h, proposition d'un atelier de DF mené par Johanna à St. Etienne les Orgues, près de Forcalquier à partir de la rentrée 2008.

Andréine :
- A Aix-en-Provence, projet de rencontrer les méta-ateliers.
Principe : Les méta (au-delà de) ateliers (réunissant différents acteurs : profs, étudiants, salariés, sdf, etc.)
Créer un lien entre l’artistique, le politique et le social.
Observer les influences mutuelles entre les disciplines lorsqu’elles sont pratiquées simultanément au même endroit, chaque projet pouvant demander à d’autres une aide, un conseil, une participation.
Juxtaposer des disciplines autour d’un thème et observer comment chacun aborde ce thème et les interactions.

Nadine :
Projet d'organiser à Marseille des danse forum dans le garage aménagé de sa maison collective.


Résumé (par Andréine, à l’écrit) des décisions prises :

- Nous conservons jusqu’à fin juin 2008 les mêmes lieu et horaires.

- Nous renonçons aux ateliers publics en fin de mois. Ils deviennent des ateliers hebdomadaires, ce qui enlèvera la pression du nombre minimum de participants aux ateliers. L’atelier redevient ainsi le laboratoire de recherche que nous aimons, où chacun s’implique selon sa mesure, sans pression d’aucune sorte.

- Par contre, nous développerons les ateliers itinérants, nous déplaçant, à quelques forumdanseurs, là où nous sommes sollicités et où nous avons envie d’aller représenter la danse forum.

- Les ateliers itinérants favoriseront l’accès de la DF à d’autres participants, et ainsi pourront permettre peu à peu de renforcer le noyau des participants réguliers (pour l’instant : Johanna, Laurent, Nadine et moi).

- Nous essayerons l’année prochaine d’avoir le samedi après-midi au lieu du soir, au dojo de Lambesc. En attendant, commencer à chercher dès maintenant une salle sur Aix, pour le samedi après-midi de 15H à 19H, et/ou un soir en semaine, de 19H à 23H. La salle doit avoir un plancher en bois, ou des tatamis au sol, et doit être chauffée, agréable. Le loyer devrait rester raisonnable (à déterminer ensemble), étant donné le petit nombre de participants en moyenne, pour l’instant.

- Nous sommes quelques-uns à penser que ce serait une bonne chose de développer notre approche/recherche de la danse avec un atelier sur Aix, en plus de celui à Lambesc. Avis aux amateurs, se signaler.


Le Bilan de chacun :

Bernard :
Cela a été utile de préparer la réunion, même si un moment c’est parti dans tous les sens - et c’est normal.
Avoir derrière la tête l’objectif de prendre des décisions, ça a aidé.
Groupe très hétérogène (une bonne chose).

Johanna :
Satisfaite par l’effort de formalisation.
Satisfaite car la réunion a permis de trier un certain nombre de points, puis bien qu'on soit partis un moment en vrille – ce qui était nécessaire, cela nous a permi de revenir sur le canevas prévu.
Toute la discussion m'a aidée aussi mieux comprendre comment fonctionnent les autres. Cela a permis de mettre à plat certains points.
Comment dépasser ses différences et quand-même faire quelque chose ensemble ?

Guillaume :
Satisfait. La notion du « n’importe quoi » reste à explorer.

Nadine :
Souligne l’importance de se pencher une bonne fois sur la notion d’évaluation non-jugeante.
Ne pas s’empêcher d’évaluer, car ça fait avancer. Eduquer son regard.

Bernard :
Y compris sur soi.

Nadine :
Besoin de temps pour que ce qui est dit dans cette réunion se décante.

Alexandre :
A pris conscience des différences d’implication au sein du groupe et de leurs conséquences.

Amanda :
A apprécié le respect.
Pas assez d’émotion, tout le monde un peu trop dans soi.
Sensation d’ennui parfois.

Andréine :
Utiliser nos différences.


Rajouts  de quelques participants après lecture du rapport:

Johanna :
En réponse à Guillaume : la conceptualisation ne fait-elle pas partie de la pratique ?

Andréine :

Jusqu'à cet été, nous avons fonctionné - cela nous convenait et a donné de bons résultats - avec la consigne admise par tous que chacun s'impliquait exactement quand et comme il voulait, sans avoir à se justifier, et en sachant que cela ne poserait pas problème aux autres. Un noyau s'est formé de cinq ou six personnes, et des personnes gravitant autour (depuis, Leonardo est parti pour la Hollande, Alexandre était à Paris).

St Michel l'Observatoire a été l'occasion de tester l'outil danse forum. Même avec toutes ses imperfections, il fonctionne assez remarquablement. Un cap a été franchi avec cette expérience, nous faisant pressentir le besoin de commencer à penser la représentativité et la transmission de la danse forum. Cela demandait un ajustement interne au fonctionnement du groupe, dont nous n’avons pas vu l’absolue nécessité, ou pour lequel nous n'étions pas prêts.

Représentativité et transmission demandent à l'évidence un autre type d'implication et d'engagement, au moins pour le noyau. Une fois le noyau un peu étoffé, cela ne présentera pas d’inconvénient que d’autres participants s’impliquent peu ou pas, et que d’autres encore gravitent comme des électrons libres. Au contraire, ils sont nécessaires à la vie et dynamique de la danse forum, de par les échanges qu’elle doit entretenir avec l’extérieur si elle ne veut pas s’étioler ou se scléroser.

Remplacer l’atelier public de fin de mois en atelier hebdomadaire simple, est pour moi un soulagement. Il était en contradiction avec notre antienne : libre de venir ou pas, de s’impliquer ou pas, sachant que cela ne pose de problème à personne. Si un jour le noyau devient plus important, nous pourrons toujours réenvisager cet atelier mensuel public.

Privilégier les ateliers itinérants et ponctuels (plutôt que ancrés et mensuels) me semble être une excellente façon, à la fois de nous former, de partager nos trouvailles et de les mettre en regard critique.

Dans notre réunion, nous n’avons abordé qu’un des aspects qui nous tient à cœur pour les nouveaux groupes de danse forum : celui de garder un lien avec les autres groupes, par le biais de la liste ladanseforum, avec des rapports d’ateliers, des articles etc. Mais je pense nécessaire l’élaboration de « charte minimum » en danse forum, dont nous avions parlé cet été. Il nous faudra aussi approfondir un jour les spécificités de la danse forum par rapport aux autres formes de danse et d’inter-action avec le public, pour la situer dans les pratiques actuelles. Cultiver nos différences pour enrichir la palette...


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Bonus

Andréine reproduit ici son texte de préparation de la réunion. Cela permettra à chacun d’évaluer ce qui a été réalisé pendant cette réunion, de ce que nous avions prévu. En particulier, la fin et le bilan me semblent un peu escamotés, dûs à la fatigue, la faim, et notre envie de nous rendre disponibles à nos convives, quatre amies, actrices-danseuses. La plus jeune, de quelques mois, a déjà honoré la danse forum de sa participation.

Pour commencer, quelques citations ont été lues, tirées de Micropolitiques des groupes :

« Les réunions sont autant de tentatives de cultiver du commun et de produire de l’intelligence collective. Cette intelligence porte tout à la fois sur les prises que nous développons par rapport à une situation et sur la manière dont nous faisons groupe. »

« Se donner le luxe de faire du groupe un terrain de trans-formation. »

« La création d’un groupe exprime la tentative de sortir d’un état d’impuissance et de séparation par rapport à un problème ou une question qui importe pour ceux qui décident de s’associer. »

« Le critère d’un bon groupe est qu’il ne se rêve pas unique, immortel et signifiant, mais se branche sur un dehors qui le confronte à ses possibilités de non-sens, de mort ou d’éclatement, en raison même de son ouverture aux autres groupes. »
Guattari, psychanalyse et transversalité.

« Ce qui intéresse avant tout la pensée, c’est l’hétérogénéité des manières de vivre et de penser, en tant que telles, non pour les décrire et les classer, mais pour déchiffrer leur sens, c’est à dire l’évaluation qu’elles impliquent. »
Zourabichvili : Deleuze, une philosophie de l’événement.


Passages et repaires pendant la réunion


1- Début :
A- Préparer et apprendre à préparer :
- s’agit-il de finalité à atteindre ? ou de possibles à réaliser ? (question morale de l’éternité : ouverture à la possibilité de mettre fin à l’aventure collective.) Discuter le fond de la motivation.
- favoriser la mue, les passages : en finir avec le linéaire.
- avoir du « devenir » plutôt que de « l’avenir ».
- décision au sein d’un groupe : passer du « moi, je pense », à « nous, nous pensons ».

B- Point météo, comment chacun se sent au moment même et par rapport à cette réunion.

C- Besoins de chacun pour que la réunion soit une occasion d’apprendre ensemble et de trans-formation : rôles de veilleur du temps, ambiance, écriture, pas de côté, se rendre sensible aux signes...

D- Objectifs : occasion d’apprendre ensemble, et de trans-formation
- liste des points à aborder
- tissages entre les objectifs
- temps
- procédé : comment allons-nous faire ?


2- Milieu
a) Développement des questions
b) Impasses et pas de côté :
- suspendre le cours naturel des choses, débats et activités
- regarder et penser ce qu’on est en train de faire, évaluer la situation (force-affect) et modifier en temps réel le tracé de la parole, de l’activité.

3- Fin et bilan
- rappeler les décisions prises.
- programmer la suite du travail.
- receuillir l’expérience du groupe de préparation, évaluer cette expérience.
- pas de côté : revenir sur le processus, sur la manière de faire du groupe, en tirer un savoir ou une question.



Mes questions, soumises avant la réunion :

-
les motivations et le vécu de chacun, ses désirs et ses besoins,
son degré d'engagement, ses possibilités. Combien d’ateliers par mois :
engagement de chacun.
- les causes du manque d'assiduité.
- l'horaire et le lieu de l'atelier.
- si nous changeons de lieu, que faire par rapport à Lambesc, sachant
que si nous nous retirons, nous n'aurons pas la possibilité de
revenir.
- la pertinence d'un atelier hebdomadaire.
- la pertinence des représentations publiques mensuelles.
- le succès de la représentation publique de cet été à St Michel
l'Observatoire a-t-il changé la donne ?
- comment améliorer le contenu de l'atelier si on décide de le poursuivre? évaluation immanente.
- comment le nourrir ?
- comment communiquer facilement les infos de base entre nous? comment consulter les absents ?
- la pertinence de la liste ladanseforum.
- la pertinence des envois groupés.


Ce brainstorming II est le fruit de trois rencontres en petits groupes au sein de la danse forum, le 8/7/07, le 6/8/07 et le 18/9/07. Notre support de réflexion a été la représentation publique du 7/7/07 à St Michel l’Observatoire, qui est venue confirmer ou infirmer nos avancées conceptuelles de l’année.

1) Représentation publique

Représenter publiquement notre « travail de laboratoire » nous posait problème. Jusqu’à présent, nous nous arrangions, malgré nous et/ou par commodité, pour incorporer le public à l’atelier. Le 7/7/07, nous avons décidé de vraiment franchir le pas, et de conserver un public « digne de ce nom ».

Aussi, comprendre pourquoi le forum du 7 juillet a « marché » était important pour nous. Trois points se sont révélés déterminants:

- Nous avons eu la possibilité de faire une préparation longue et en toute quiétude.

- Notre public était un groupe de théâtre en travail depuis cinq jours. Nous devrons aller peu à peu vers des publics non avertis.

- Nous avons improvisé la structure au fur et à mesure, en nous adaptant à ce qui se passait et aux besoins ressentis. D’où un plaisir certain à danser, qui a peut-être été communicatif.

Parmi les innovations ce jour-là: élaborer le thème en avance de la représentation, le métaphoriser pour le public, présenter trois tableaux improvisés en amont du forum, poursuivre l'improvisation pendant le forum sans retour en arrière, problématiser après la danse et non avant. Tout cela a permis la mise en scène d'un processus plutôt que d'une histoire.


2) Les points auxquels nous tenons en danse forum

Avec la pratique et le temps, la danse forum évolue, fond et forme. Mais, comme la crême qui monte lorsque l’on baratte du lait, certains aspects reviennent toujours à la surface, se rappeler à nous.

- Prendre le temps et avoir un lieu protégé. Délimiter l’espace scénique.

- Partir de là où l’on est, de comment on se sent, de ce qui se passe pour nous et autour de nous.

- Liberté de venir ou pas, de participer ou non, de s’impliquer chacun à sa mesure et à sa façon sans avoir à se justifier et sans que cela ne gêne quiconque.

- Non-jugement, allié à l’évaluation de ce que nous faisons. Le non-jugement des personnes est inconditionnel.

- Exercice de l’esprit critique, dans la forme comme dans le fond. Il est garant de l'éducation du regard.

- Droit à l’erreur, comme outil d'apprentissage.

- Intégrer les contraintes (musiques choisies, consignes etc.) comme des éléments environnementaux qui nous permettent de rester reliés à nos sensations et à l’instant.

- Création d’un espace d’expérimentation et de créativité plutôt que d’un modèle.

- Accorder autant d’intérêt à l’art de la danse qu’au forum, à l'involontaire qu'au volontaire, à l'inconscient qu'au conscient.

- Le minimum et le suffisant restent une recherche constante: aller à l'essentiel, élaguer l'inutile dans le fond comme dans la forme.

3) Articulation du thème avec le besoin en tant que nécessité immédiate

- Un lien apparaît entre l’accueil inconditionnel des sensations et la réponse aux besoins perçus à travers ces sensations. Si on prend le temps d’observer de façon assez distanciée et "neutre", la sensation indique en elle-même le besoin et la réponse à lui donner. Ainsi la tension va recentrer et redonner de la cohérence à ce qui a été dispersé. Ce n’est qu’une fois la cohésion retrouvée grâce à l’apport de tension que l’organisme peut se détendre profondément.

Pour aller des sensations au thème, nous passons par les besoins. Nommer les besoins fait ressortir les problématiques, ou du moins ce qui est important pour nous à ce moment-là. En ne décidant pas le thème en amont, mais en le laissant se développer selon nos nécessités, nous avons plus de facilité pour que le thème ne devienne pas illustratif.

4) Equilibre entre: a) auto-apprentissage et technique, b) involontaire et volontaire

Jusqu’à il y a six mois environ, nous essayions de nous mettre en condition par des exercices pour guider, développer la sensibilité, explorer, faciliter les mouvements, souder le groupe, le dynamiser, éviter l’illustration…

a) Nous avons peu à peu élagué tout cela, pour permettre deux processus d’auto-apprentissage qui s’équilibrent :

- Le premier est celui de « l’infra-technique », qui va de la sensation au mouvement : l’exploration de nos sensations est source d’inspiration, de la danse comme du forum.

- Le second concerne la pré-expressivité, qui va du mouvement à la sensation, comme vivier de techniques ajustées à nos besoins individuels et de groupe. La pré-expressivité permet un apprentissage technique directif, mais non normatif ni imitatif, qui permet à chacun de se réapproprier, par les sensations, les mouvements ou postures proposées.

Que l'on parte du mouvement ou de la sensation, la neutralité est visée, pour justement que puisse spontanément jaillir l'émotion. Les deux approches se nourrissent mutuellement et affinent conscience et perception, à la fois, des mouvements et des sensations.

Dans cet apprentissage, l’expertise est élaborée ou partagée de façon coopérative, elle n'est pas concentrée dans les mains d’un enseignant supposé tout savoir, avec d’autres pour recevoir. Cela n'exclut pas que certaines parties de l'atelier soient dirigées par l'un d'entre nous. C’est une façon, pour notre groupe, de renforcer les individualités et les expertises, et cela nous évite de les niveller par le bas, comme on peut le voir dans certains collectifs.

b) Nous recherchons aussi un équilibre et un lien entre deux pôles : celui axé sur l’involontaire, l’intuitif, et l’autre sur le volontaire, le raisonnement. Les sensations font le lien entre ces deux pôles, assurant la spontanéité du geste.

L'involontaire n'annihile pas la volonté ou la décision ; c'est plus quelque chose auquel on donne voix à un moment donné. Redonner voix à l'involontaire enrichit le volontaire, lui donne relief, saveur, profondeur et vice versa. Il reste qu’il est extrêmement difficile de décider (volontairement ?) de donner voix à l’involontaire : s’il y a une technique de fond, c’est bien celle-là.

5) Rôles pendant l’atelier

Jokériser, mettre les musiques et filmer sont des rôles exercés par les danseurs eux-mêmes. Déterminer qui fait quoi tout au long de l’atelier nous semble important.

Prendre des rôles différents à différents ateliers permet d’avoir plusieurs angles de vue. Nous avons remarqué que cela libère le regard critique. Le changement de rôle n’a pas besoin d’être systématique à chaque atelier.

6) Le problème de la problématisation

Nous nous apercevons peu à peu que problématiser ne revient pas à décrire le problème en une phrase ou deux, comme nous nous y exercions pendant les ateliers, à la suite des improvisations. Ce n’est pas non plus avoir la réponse avant la question, selon le schéma du présupposé idéologique. En fait, nous faisions de la « problématologie » : toute affirmation amène une question, donc il « faut » chercher les questions, et en amont, trouver la problématique. Nous en arrivions à gommer la complexité en l’arrangeant à notre goût, et nous versions dans l'illustration.

Cette façon de problématiser nous obligeait à « reprendre » l’improvisation à partir de la problématique, au lieu de bénéficier de son cheminement et d’ajuster nos mouvements à notre ressenti.

La partie danse du forum est basée sur la sensation de l'instant, fruit de notre histoire passée, présente et à venir : il n'y a ni raison ni nécessité à revenir en arrière dans le déroulement de la danse forum. Chaque intervention, parlée ou dansée, fait avancer le matériau (danse improvisée) à partir duquel nous problématisons.

A St Michel, nous avons commencé, avec le public, à toucher du doigt le processus réflexif de la problématisation, tel qu’en parle Paulo Freire : événement > réactions individuelles > réflexion coopérative qui distancie et réévalue les réactions individuelles > action > événement > etc.

Réfléchir à nos réactions nous en apprend plus que si l’on essayait d'analyser l'événement premier. La raison pour laquelle un tel fait ceci ou cela, on ne la connaît pas. On sait pas de quoi est faite sa vie, les éléments déterminants, et ce n'est pas ce qui entre en compte dans la problématisation. Par contre, réfléchir sur nos réactions à un événement après l’avoir situé et circonstancié, réactions émotives, intellectuelles, culturelles etc., nous permet d’apprendre quelque chose sur nous-mêmes et notre environnement. Nous nous exerçons ainsi à développer des outils et expertises, et voir comment articuler l’action que nous allons mettre en œuvre sur la scène comme dans la vie.

7) La danse forum comme acte politique

Trois aspects sont apparus :

- Réconciliation de la danse avec la politique et l’inverse.

- Réappropriation et développement de nos expertises.

- Mettre en jeu, en mouvement, le corps, pour « mettre du mouvement dans la vie, notre vie ».

Voir l’article : « En quoi la danse forum est-elle politique ? », du 20 août 2007 http://danse-forum.over-blog.com/

8) Regard critique et non jugeant : où situer le « n’importe quoi » ?

Pendant le bilan de la représentation à St Michel, les questions du « n’impoorte quoi » et de « l’évaluation non-jugeante » ont été abordées sans trouver d’entente. Nous y sommes revenus pour essayer d’y voir plus clair.

A - Le n’importe quoi, si tant est qu’il soit une erreur, ne pourrait-il avoir sa place ? N’apprend-on pas de ses erreurs ? Certes, et c’est pour cela que le droit à l’erreur est inaliénable pour nous. L’erreur perd son côté culpabilisateur lorsqu'elle est ramenée à un outil d’apprentissage.

Il y a une contradiction inhérente à vouloir « évaluer sans juger », contradiction qu’il faut pourtant arriver à résoudre ou au moins assumer, si nous voulons progresser sur la bonne pente.

L’exercice consiste à « laisser une chance » à toute expression, et en même temps ne pas considérer que « tout se vaut ». Censure et manque de discernemment sont renvoyés dos à dos.

Toute expression scénique a la possibilité d’être pertinente, bienvenue, fécondatrice, cela dépend en fait du contexte : assumée, elle peut faire sa place.

B - Prendre position face au n'importe quoi nous a ouverts à de nombreuses questions. Comment discerner ce qui est bon ou beau de ce qui ne l’est pas, ce qui est pertinent de ce qui ne fait pas sens ? Au nom de quoi ?

a) Une première réponse consiste à ne pas généraliser pour autrui ce que l'on sent ou ressent. Ce qui ne fait pas sens pour soi peut faire sens pour l'autre. Et le goût change et évolue, la proximité ou la familiarité avec une œuvre, avec son auteur ou ceux qui l'apprécient, nous la rendent plus accessible.

b) Une deuxième réponse qui nous est venue est que le « n’importe quoi » ne peut être désigné comme tel que par rapport à des critères énoncés, et consensuels si l’on est au sein d’un groupe.

- Nous avions à St Michel évoqué, pour désigner le « n'importe quoi », ce qui ne respectait pas soi, ou les autres. Le respect serait donc un critère, même si cette notion ne représente pas tout à fait la même chose pour chacun. Lorsqu'un sexe en érection est montré sur scène, comme c'est parfois le cas en danse contemporaine, les uns crient au n'importe quoi, au manque de respect, les autres y voient du génie. L'histoire de l'art est faite de ces frictions sommes toutes bénéfiques puisqu'elles font évoluer les esprits.

Par contre, chacun peut savoir s'il se manque de respect ou que quelqu'un lui manque de respect. Cela lui appartient, c'est son jardin intérieur.

- En danse forum, nous essayons de danser selon nos sensations, qui se résument pour un danseur aux sensations du temps, de l'espace et du poids.

Mais faire de la sensation un critère pose à nouveau problème. Le risque est toujours là, et nous devons y exercer notre vigilance, de ne pas faire du critère de la sensation, quand elle s'applique aux autres, une sorte de dictature, pire qu'un conditionnement artistique étroit.

En effet, la neutralité absolue n'existe pas: dès qu'une sensation devient perceptible, elle est instantanément influencée, interprétée selon la mémoire et le vécu.

Il nous faut aussi distinguer la « sensation » du « ressenti ». Je peux sentir mon poids, mes appuis, les utiliser pour bouger, ou je peux ressentir mon poids, trop lourd ou trop léger à mon goût, avec l'impression de me trainer ou de ne pas toucher terre. Je peux sentir que ce danseur est posé sur ses appuis, ou ressentir qu'il est vaniteux.

C - Mais alors, est-ce à dire que chacun se débrouille avec sa perception sensorielle et ses émotions, isolé dans sa subjectivité sans que l’on puisse attribuer quelque qualité consensuelle que ce soit à une œuvre ? S’il en était ainsi, tout serait au même niveau et nous laisserait tous indifférents.

Nous avons tous expérimenté ou été témoins de "moments de grâce", où le geste semble "se faire tout seul", en parfaite adéquation entre l'individu et son environnement. La danse aussi a ses moments de grâce, quels que soient le style et l'époque. Qu’est-ce donc qui agit et qui fait que le public est touché, arrête de respirer ? La question reste ouverte.

Bien sûr, entre ces moments rares et privilégiés et les moments d’ennui, il y a toute une palette de qualités différentes, qui nous touche, à des endroits différents de nous-mêmes. Et ces moments, infiniement plus nombreux que les instants de grâce, sont le matériau de la vie de l'œuvre, sur lequel l'être et l'artiste se construisent. Ils ont leur beauté propre, et sans eux, nulle œuvre ne peut prendre forme.

Bien sûr également, tel spectateur va être touché quand le reste de l’audience s’ennuie, tel autre va bâiller alors que les autres « s’accrochent » à leur fauteuil.

Probablement le conditionnement est-il omniprésent, et même indispensable à la formation du « goût » comme de chacun des cinq sens - six avec le sens du mouvement. Que ce soit physiquement ou mentalement, les sens sont conditionnés dès le ventre de la mère. Chaque individu participe à ce conditionnement multiforme, le fait sien ou le rejette. Mais chaque individu a aussi son originalité propre, et c’est de la friction de ces diverses originalités, individuelles ou de groupe, que naît les richesses culturelles respectives.

Entre culture et sensation, l’espace n’est pas si grand qu’elles ne puissent être reliés par une passerelle : l'art de vivre.

9) Les emprunts au théâtre forum

Nous nous inspirons du théâtre forum puisque c’est de cet outil que nous sommes partis.
Imiter le théâtre forum reviendrait à le plagier. Aussi est-il important pour nous de citer les emprunts: cela nous permet de rendre au téâtre forum ce qui lui appartient.

La structure de base de la danse forum est assez similaire à celle du théâtre forum: un joker fait le lien entre scène, danseurs et public; le thème et principe de problématisation servent de support d'échange; le bilan est fait par tous les participants. Tout cela représente des caractères communs.

Mais dès le début, la danse forum a eu ses spécificités que nous découvrons peu à peu en l'élaborant. Ainsi, certains emprunts au théâtre forum se sont révélés assez vite inadaptés tels quels, il nous faut les modifier et ils évolueront probablement toujours.

- Elsa nous fait remarquer que, auparavant, nous utilisions l'opposition « protagoniste /antagoniste » et que nous l'avons abandonnée. Cela s'est passé sans que nous en ayons vraiment conscience.

- Un autre exemple est celui de ne laisser entrer sur scène qu’une seule personne à la fois. Il nous a fallu plus d'un an pour nous apercevoir que la danse n’est pas (un langage) linéaire : elle demande à être investie sur plusieurs dimensions, spatiales comme temporelles.

- C’est d’ailleurs pour cela que la problématique aussi ne peut s’accommoder d’un déroulement linéaire, auquel nous essayions en vain de nous référer. 
Le retour aux sensations et à la « neutralité émotive » des trois dimensions du mouvement (temps, espace et poids/énergie) rend sa liberté/versatilité d’interprétation au spectadanseur qui est amené à recréer, par ses propres émotions, l’œuvre à sa façon. La problématique en est d’autant plus riche et variée, évolutive.

- Comment assurer la « lisibilité » de la danse sans en faire un « discours » est aussi une nécessité qui amène des contraintes autres qu’en théâtre forum, dont le médium privilégié est la parole.

- Augusto Boal insiste sur la simplicité et la clarté de la mise en scène de départ, quitte à utiliser des stéréotypes. La subtilité et la complexité sont introduits par les spect’acteurs.

En danse forum, nous nous rendons compte que les stéréotypes ne permettent pas a priori une danse selon « l’instant décisif », en accord avec les sensations. Mais ce n’est pas automatique non plus. Les stéréotypes, comme d'ailleurs l’illustration ou la redondance, peuvent avoir leur place ponctuellement, et participer à la magie de l'instant, pourvu qu’ils soient conscientisés et assumés comme tels.


10) Transmission et représentativité de la danse forum

Ces questions sont devenues inévitables et nous avons commencé à les considérer. Nous sentons bien leur importance, et en quoi elles peuvent infléchir la danse forum dans le sens que nous souhaitons consensuellement ou a contrario.

Seul un petit groupe a réfléchi à haute voix. Voici donc les prémisses d’une réflexion qui demandera à être partagée, rectifiée au besoin, et développée par tous les participants réguliers qui se sentent concernés par le fonctionnement de la danse forum.

Trois cas de figure :

a- Les ateliers réguliers :

Ils sont ouverts à tous et gratuits (si ce n'est pour rembourser l'assurance).

L'ébauche d'une proposition fait surface : que le dernier samedi de chaque mois soit l'occasion d'une représentation ouverte au public (connaissances et amis), ce qui permettrait aux personnes intéressées de se familiariser avec la danse forum côté public, avant de participer aux ateliers. La préparation des danseurs commencerait à 18H, le public entrerait à 20H et le forum prendrait place jusqu'à 23H au plus tard, visionnage de la video et bilan inclus (à confirmer auprès de la mairie de Venelles).


b- Les ateliers ponctuels

La demande nous est déjà faite d’envisager de transmettre la danse forum lors de WE, pour le démarrage d’un futur groupe par exemple, ou dans le sein d’une association d’artistes intéressés par notre pratique.

Nous pourrions planifier que les danseurs de Lambesc qui le souhaitent se déplacent ainsi ponctuellement, pour animer un atelier sur un ou deux jours, avec les personnes qui nous invitent en leur lieu.

Une rémunération a été envisagée, bien sûr elle arrangerait pas mal d’entre nous ; mais la gratuité (frais de déplacement et d’hébergement remboursés) nous semble importante si l’on ne veut pas entrer dans un système (habituel) qui nous manierait à sa façon et in fine contre notre gré. Nous sentons clairement qu'ils nous faut mettre en place une forme de transmission adaptée à celle de la danse forum.

c- Les nouveaux ateliers

Le besoin d’ouvrir d’autres ateliers de danse forum commence à se faire sentir : tel danseur habite loin, connaît des amis sur place qui voudraient découvrir cette pratique, il est normal qu’un groupe se forme.

Il nous paraît tout à fait possible et souhaitable que d’autres ateliers voient le jour.

Andréine a proposé une façon de les distinguer dans leur caractère et spécificité: porter le nom de la ville ou du village où ils ont lieu, comme nous le faisons pour les ateliers danse forum de Lambesc. La situation géographique, première des conditions de participation, serait ainsi indiquée de suite. Le nom d’un lieu offre une certaine neutralité pour présenter un groupe, en mettant l'accent sur la vie du lieu plutôt que sur un symbole personnel. Une autre proposition a été faite que chaque groupe de danse forum choisisse justement un nom symbolique preprésentant ce qui lui tient à cœur.

Nous avons évoqué la possibilité d’une « charte a minima » de la danse forum, où chaque «catalyseur » s’engagerait à préserver:

- l’espace qu’il met à disposition,

- la liberté de participation et d’implication de chacun,

- le respect inconditionnel des autres et de soi,

- et la gratuité, nobostant les frais incontournables comme l’assurance et/ou la location du lieu si elle est nécessaire.

Internet, via la liste danse forum et/ou le blog http://danse-forum.over-blog.com/, pourrait servir de lien entre les différents groupes, avec des rapports d’ateliers que nous partagerions pour nous tenir au courant mutuellement de nos trouvailles, difficultés et avancées. Ainsi la danse forum aura-t-elle peut-être une chance de se développer dans ... « l’harmonie ».

Dans les trois cas d'ateliers, réguliers, ponctuels ou nouveaux, la danse forum ne se présente pas comme un collectif, mais plutôt comme un "groupe de recherche-action coopérative", terme emprunté à Guy Poitevin* (inspiré de Paulo Freire), et auquel nous sommes arrivés après avoir analysé en quoi la danse forum est un acte politique.


Signature :
Le groupe de (recherche-action coopérative en) danse forum de Lambesc
Rédaction: Andréine Bel

PS: * Guy Poitevin: http://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Poitevin
L’intensité

La journée à Lambesc fut intense, à tous points de vue, à tous les
étages, dans la forme comme dans le fond, du début à la fin. Même le
soleil était intense, et par suite la fraîcheur à l'intérieur de la
pièce....

LA CONCERTATION. Voici ce qui en est sorti:

1- les objectifs de la danse forum -

Revenir aux objectifs nous a paru nécessaire:la transmission est
impossible sans l'élaboration de l'outil qui permet l'œuvre.

1a- un espace de sécurité, où la créativité peut s'exercer sans
risque d'être jugée, tout en étant évaluée, de façon à être tirée
vers le haut plutôt que nivellée par le bas.

Le regard donné par le spectadanseur, comme par le danseur, est
structurant lorsqu'il est non jugeant ET évaluant.

La pierre d'achoppement de cette contradiction apparente entre
non-jugement et évaluation réside dans le « droit à l'erreur »: c'est
un (en)droit fondamental, garant de notre authenticité et sans lequel
toute amélioration ne peut être que le fruit d'une violence faite à
soi comme à l’autre. Conscientiser l'erreur amène un début d'amélioration.
Cela revient à « humaniser » l'erreur, la réconcillier avec soi et autrui.

Le droit à l'erreur, c'est la démocratie dans le monde de l'art, où
ce qui prime est le chemin parcouru plutôt que la cotation d'une
œuvre. Hors des situations d'urgence et de danger, c'est le grain de
sable dans toute pensée à tendance extrêmiste. Bref, le droit à
l'erreur est revendiqué en danse forum, et devrait l'être lorsqu'il
est en risque d'extinction.

1b- rendre la danse à la vie. Accueillir et inclure nos faiblesses
et nos troubles, nos angoisses et nos tensions, nos ratages comme
source de création. Renoncer à ce lissage de la vie qui entraine le
lissage de la danse. Reconnecter la danse, la vie, à sa (leur)
complexité. La simplification du vivant est le plus souvent
fascisante, castratrice, alors que sa complexité rime avec créativité.

1c- redonner place et voix à l'involontaire. L'involontaire n'est pas
ce Loup Garou qui serait caché en chacun de nous, prêt à toutes les
folies dans une fureur destructrice. L'involontaire est cette source
de créativité sans laquelle l'art ne peut être. Copain avec
l'inconscient, l'involontaire est ce qui nous relie à notre mémoire,
à nos sens, à notre intuition en une adaptation constante vis-à-vis
de notre environnement affectif, social et culturel.

L'un de nous disait sa surprise de voir l'involontaire agir : les
éléments se mettent en place, comme les poudres et les mèches d'une
fusée, mais le feu d'artifice nous échappe et étonne toujours. Seul
l'artificier (ici l'organisme) connaît la recette, et elle reste
inconnue au conscient et à la volonté.

Puis nous en sommes venus au déroulement de l'atelier de danse forum.

2- La mise en route -

2a - Elle est à présent bien rôdée. L'un d'entre nous se demandait
la veille si elle ne devenait pas stérile. Nous nous sommes rendus
compte qu'elle évoluait à chaque atelier, cherchant toujours les mots
et concepts minimaux, nécessaires et suffisants pour donner
simplement l'espace à chaque participant de se connecter avec
lui-même et avec les autres.

Elle peut devenir stérile face aux nouveaux-venus à l'atelier, qui
débarquent forcemment avec leur vision de la danse et de
l'échauffement, le plus souvent à l'exact opposé de ce qui est
proposé ici. Le risque de fonctionner en interne ne peut que nous
interpeler. Nous avons besoin des regards nouveaux.

Nous nous sommes demandés s'il fallait adoucir cette entrée en
matière, par des exercices qui viseraient à faire aller peu à peu le
débutant vers ses sensations, son involontaire etc. Mais cela nous
est aparu comme un artifice qui risquait de noyer le poisson en
voulant le sauver. Personne ne peut faire le travail à la place
d'autrui, ce rendez-vous avec soi-même est incontournable dans cette
approche de la danse basée sur les sensations, plus que sur
l'imaginaire qui les module à volonté.

La principale difficulté des nouveaux-venus nous est apparue être
dans l'apparente facilité de ce premier exercice : se relier à nos
sensations et laisser agir. Cela sonne comme tellement évident et
simpliste que la personne ne comprend pas qu'elle ne puisse y
arriver, ni y trouver d'intérêt. Aussi nous nous sommes donnés la
consigne de prévenir que cet exercice est le plus difficile de tous,
mais incontournable, et que les autres exercices en dépendent. Un
homme averti en vaut dix.

2b- L'émergence du mot venant des sensations doit se faire
d'elle-même. Pareillement pour être formulée à voix haute, de façon
à être entendue par les autres participants.

2c- L'émergence du thème obéit à la même nécessité. Il ne doit pas
être celui d'un individu, mais celui qui naît de la concertation des
individus.

3- Le forum -

3a - Que se passe-t-il si le spectadanseur s'ennuit ? Les discours,
remontrances et jugements n'étant pas de mise, la solution la plus
adaptée a déjà été donnée en danse forum: le spectadanseur peut
entrer dans l'espace scénique à tout moment, faire de nouvelles
propositions, en s'ajoutant ou en remplaçant un danseur pour faire
évoluer la situation. S'il y renonce, c'est qu'il évalue que l'ennui
peut être source de prise de conscience, voire de créativité. Le
bilan « articulé », oral se fait après l'intervention pratique, ou en
fin de forum. C'est le temps de la parole, après le temps de la danse.

3b - Une danse à entrées multiples, où chaque danseur entre dans
l'espace scénique selon sa sensation de justesse du moment, est un
plaisir que nous avons vécu en toute fin de journée. Ainsi il n'est
pas toujours judicieux qu'un seul spectadanseur intervienne à la
fois. Lorsque la danse l'impose, l'occupation élastique de l'espace
et du temps permet à la structure invisible d'œuvrer à merveille.

3c - En pouvant à tout moment entrer dans l'espace scénique, le
spectadanseur comme le spect'acteur est placé en capacité d'action et
d'intercation. C'est ce qui le distingue du spectateur, callé au
fond de son fauteuil et en délectation catharcique.

Et si le danseur s'ennuie ? Soit il modifie sa danse, soit il sort de
l'espace scénique. De nouveau, son ressenti est dit après le vécu des
solutions qu'il a proposé ou non, et non avant.

3d - Une autre proposition a pointé son nez. En donnant au
spectadanseur une carte joker lui permettant de claper dans les mains
pour arrêter la danse à tout moment qui lui paraît judicieux, sa
vigilance serait en éveil constant, et celle du danseur tout autant.
Le respect inconditionnel pour le danseur serait ainsi attisé par le
respect inconditionnel pour le spectadanseur. La possibilité de ne
pas être pris en otage par les ellucubrations dansées devrait pouvoir
exercer ses droits. Je suis prête à parier que personne n'en
abuserait dans la plupart des cas, et s'il y avait des abus
volontaires, ou involontaires avec un public non averti par exemple,
le joker se donnerait le droit d'intervenir et réguler le déroulement
du forum. Ceci devant être posé en prémisses du forum. A
expérimenter.

3e - L'un d'entre nous cinq a parlé de danger, se mettre en danger
pour exercer sa vigilance; un autre de plutôt avancer sur un fil. Il
est vrai que le fil peut être placé à cinq mètres de hauteur. Mais
nous sommes « tombés » d'accord que l'intérêt n'était pas de risquer de
nous tuer en chutant. Le fil peut être placé à cinquante centimètres
du sol, ou plus haut mais avec une sécurité, la vigilance s'exerce
tout autant, avec l'avantage de ne pas faire de l'acte un défi, mais
un acte créatif. Les artistes de cirque aujourd'hui l'ont bien
compris, à privilégier la sécurité et la beauté sur le petit
frémissement morbide qui délectait les foules devant les risques
inouis pris autrefois par les artistes.

Tomber de cinq mètres de haut en danse forum, ce serait se retrouver
à poil sans qu'on ne l'ait choisi, et être jugé dans son être quand
on se dévoile.

4- Le bilan -

4a- C'est l'espace privilégié pour articuler les critiques et faire
avancer le shmilblick. Le fait de se voir danser en visionnant la
video, en intercation avec les autres est riche d'enseignements sans
être cruel (contrairement à ce que j'aurais pu craindre). Cela tient
au fait, je pense, que l'infra-technique prime sur la technique et le
subtil sur l'évident. C’est l'éducation du regard qui permet de voir son
image en toute quiété.

4b- Regarder l'ensemble de la video puis extraire un court passage
pour le regarder maintes fois nous semble nécessaire, pour avoir une
critique globale puis « syllabique », dans les détails, à la fois des
images, et de la danse.

4c- Par rapport aux treize cassettes video enregistrées cette année,
nous proposons de les graver en intégral sur CD comme archives, et de
faire cet été un montage référent, avec les meilleurs moments. Ces
documents resteront à la disposition de chaque participant à
l'atelier.

4d- Jusqu'à aujourd'hui, nous nous sommes toujours arrangés pendant
les représentations publiques, mais involontairement, de faire en
sorte que le public se mélange aux danseurs. Nous nous replacions
ainsi en situation d'atelier où tous les présents sont participants.
Nous ne sommes toujours pas sûrs que la danse forum se prête à un
« vrai » public. Nous en ferons l'expérience à St Michel
l'Observatoire, le 7 juillet 2007.

LA PRATIQUE de la journée

Les prémisses du thème sont venues avec le constat que l'ennui peut
s'installer sans que l'on y prenne garde lorsque l'on essaie de se
relier à ses sensations, et que l'on s'initie à la créativité.
L'habitude, la facilité sont des hôtes indélicats mais séduisants.
Leur arme ? Endormir la vigilance, flâter l'ego.

Pourtant, dans ce simûlacre de créativité, l'exigence intérieure ne
trouve pas son compte, et frappe à la porte. C'est ce qu'elle a fait
pendant cette journée. Nous étions sur le fil.

Asymétrie, double, pression sur la nuque, intensité, concentration,
contraction ont été nos propositions de thème. Celui qui a émergé
est l'intensité : Le thème, ce jour-là, s'est « posé » de lui-même,
comme une évidence adaptée à nos besoins et envies. Il n'a pas eu à
s'inviter ni à s'imposer.

Pendant le forum, nous avons expérimenté ce qui facilite et permet
l'intensité. Chaque fois nous exposions en premier la danse, et
problématisions ensuite, ce qui redonnait du grain à moudre pour une
prochaine mise en danse etc.

* Les contrastes tout d'abord: lourd-léger, tendu - relâché, raide -
souple, rapide - lent, molesse - vivacité, yeux fermés - yeux ouverts
etc, micro - macro mouvement.

* L'inattendu, l'imprévisible: rompre la continuité du mouvement, de
la vitesse, du rythme, de la direction etc.

* L'alternance et la répétition, ponctuellement.

* La tenue, retenue, densité, puissance, souplesse.

* Aller à l'essentiel par l'économie de moyens et la rigueur.

* Jouer entre mouvement de tout le corps et de ses segments.

* Utiliser les forces relatives aux directions : des yeux par rapport
à la tête, de la tête par rapport au buste, du buste par rapport aux
hanches. Directions des déplacements dans l'espace scénique (sur une
improvisation - intense de retenue - d'Etienne)

* Ne révéler la structure ou la construction que peu à peu (dessin
des déplacements, développement de l'idée-consigne etc.).

Notre scientifique préféré a mis le doigt sur cette subtilité qui
renverse bien des préjugés : moins la résistance est forte, plus
l'intensité (tension) est grande. Et notre danseur professionnel de
rajouter: il faudrait le dire aux danseurs classiques, cela leur
éviterait de résister pour rien contre la pesanteur...

CONCLUSION :

Le risque d'apauvrissement du thème par la problématisation est réel,
car sa mise en situation passe par les stéréotypes. Il faut vraiment
donner du temps à la thématisation de s'enrichir pour sortir de ce
piège.

Pour aller vers une problématisation plus globale autour du thème de
l'intensité, nous avons réalisé qu'il nous aurait fallu prendre à
bras le corps ce qui nous entravait dans l'exercice de l'intensité :

1- explorer ce qui empêche l'intensité, pour arriver à mieux la
définir: dilution, éparpillement, l'uniformisation,
redondance etc.

2- réaliser l'importance et l'impact de l'environnement (musical entre
autre) sur l'intensité de la danse.

3- contextualiser l'intensité, c'est à dire expérimenter ses limites,
ses récupérations, sa contre-production.

4- explorer son mythe, l'apanage de la supériorité, le fascisme, le
monde des zombies.

Quatre objets pour forum futurs...

Le besoin se fait pressant de consacrer certains ateliers
exclusivement à la forumisation. Et l'idée récurrente s'impose peu à
peu de commencer en « forumisant la danse forum » : en théâtre forum, ou
en danse forum, ou en danse-théâtre forum.

Andréine
- La danse forum: premiers concepts -

La danse forum s’inspire du théâtre forum et elle a un an d’âge. Autant dire qu’elle en est à ses balbutiements ! Voici les premiers concepts qui se dessinent, fruits des ateliers de cette année 2005-2006 à Lambesc. Ils regroupent un ensemble de propositions, qui sont questionnables et révisables par tous ceux qui participent, et pensent la danse forum et le théâtre forum.

Déroulement d’une danse forum publique

1-Mise en route :

Elle nous aparaît de première importance, car d’elle va découler la qualité et la richesse de la danse forum. Elle est l’occasion d’une prise de conscience des besoins individuels et/ou du groupe, et d’une première émergence de thèmes qui seront abordés en danse forum.

L’accent est mis sur l’émergence des sensations. Pour faciliter cette émergence nous utilisons pour l’instant deux procédés :

- l’expressivité : se relier aux sensations de l’instant et les laisser donner naissance au mouvement.

- la pré-expressivité : placer le corps dans l’espace et dans le temps (différents angles de la tête et du regard, ou des épaules et du buste par exemple, différents rythmes etc.) et laisser les émotions et sensations affleurer.

La pré-expressivité est un concept développé par Eugenio Barba et Nicolas Savarese: « Anatomie de l'acteur », dictionnaire de l'anthropologie théâtrale, chez Bouffonneries Contrastes.

Dans la « pré-expressivité », l'attention se focalise sur ce qui se passe en amont de l'expression, et laisse l'expression naître d'elle-même, sans intention de la produire. Cela donne une neutralité au jeu de l'acteur/danseur qui permet au spectateur, et je dirais aussi à l'acteur/danseur, de remplir l'espace du jeu par sa propre imagination, au lieu d'être pris par la main pour ressentir ceci ou cela. Lorsque l'expression vient comme illustration de l'intention, il y a redondance entre l'intention et l'expression, et l' ennui est au rendez-vous.

Les deux approches visent à préserver à chaque instant une neutralité de base : avoir un regard extérieur et intérieur à la fois, pour ne pas verser dans le psychodrame ni la danse-thérapie qui ne sont pas de notre ressort, ni donner dans la "mauvaise" poésie, encore moins dans le « n'importe quoi ».

L’équilibre entre ces deux pôles  que sont l’expressivité et la pré-expressivité nourrit l’auto-apprentissage par le discernement, et stimule la créativité par l’abandon des habitudes de mouvements/pensées.

2- Pause et échanges autour d’une collation.

3- Choix d’un thème et définition de sa problématique.

3- Mise en scène chorégraphique de ce thème, par un chorégraphe improvisé qui choisit ses danseurs et leur donne des consignes d’improvisation.

4- Réalisation par les danseurs de cette improvisation dansée.

5- Retour oral des spectadanseurs qui donnent leur avis et suggestions.

6- Intervention d’un ou plusieurs spectadanseurs, préparée ou non, qui s’ajoute(nt) ou remplace(nt) un danseur selon sa (leur) décision. Les propositions du spectadanseur vont influer sur la danse en cours. Les danseurs doivent s’adapter et évoluer en gardant souple mais fermes leur ligne directive et leurs consignes.

7- Variantes autour d’un même thème, aussi nombreuses que souhaitées.

8- Bilan général, par tous les participants.

Spécificités de la danse forum

- La danse forum se donnant pour l’instant comme base « les sensations » (plutôt que l’esthétique, ou l’onirique, le contact, l’abstraction etc.), la forme improvisée s’impose. A chaque reprise d’un thème, le danseur ne l’exprime pas de la même façon. Il y a une évolution dans l’expression et dans le rendu, quel que soit le nombre de fois qu'un thème est choisi.

- La sensation ne tombe pas du ciel, elle est aussi bien le fruit du moment que celui de toute une histoire. Elle est hautement élaborée, et en même temps spontanée et immédiate. D’où son extrême richesse.

- La non-compétition entre danseurs est spontanée dès que l’attention est portée sur les sensations plutôt que sur l’esthétisme. 

- L’esprit critique est allié au non-jugement, tous deux sont garants de l’éducation du regard, celui du spectadanseur comme celui du danseur.

- Danseurs et spectadanseurs participants se trouvent dans un équilibre instable entre volontaire et involontaire, prévision et spontanéité, consigne du moment et créativité, expression « mondaine » et « extra-quotidienne » (en référence aux travaux d’Eugenio Barba).

- Le recours au mimétisme du quotidien et à la théâtralité du geste dans la danse est une solution de facilité qui aboutit à la redondance des signes et à l'illustration du propos: le rendu est plat et l'ennui s'installe. Par contre, mime et théâtre peuvent avoir leur place ponctuellement dans la danse forum, pourvu qu’ils soient choisis et employés à bon escient.

- L’économie des moyens : celle-ci aide à aller à l’essentiel tout en ouvrant des possibilités infinies. Le danseur ne peut se cacher derrière une mega technique, ni un esthétisme de circonstance, une mise en scène et des éclairages coûteux, ni même une chorégraphie aboutie. Il doit trouver ses ressources en lui-même, dans son authenticité et sa capacité à être à l’écoute de l’autre et de ce qui l’entoure.

- La danse peut se donner le luxe d’être abstraite. En cela elle est plus qu’un langage, au même titre que la poésie.

- L’abstraction permet l’exploration de la complexité de la vie, de l’être, des situations, à travers l’économie de moyens. Nous avons beaucoup mis en œuvre l’abstraction au début de l’année (l'influence, le regard, la peur, la métamorphose, ouvrir le temps, et - en fin d'année - le rapport danse-musique), puis nous l’avons délaissée pour explorer les résolutions de problématiques essentiellement sociales (le contact, la pression, Nounours dans sa bulle, la séparation, l'indécision, l'attention portée à l'autre, la confiance). Un équilibre reste à trouver entre l’abstrait et le concret dans le choix de nos thèmes et la façon dont nous les exprimons.

- Les thèmes ne se cantonnent pas à l’exploration de problématiques sociales, collectives ou individuelles, mais évoquent de plus les problématiques existentielles ou plus spécifiquement artistiques.


Outils

- Rôle du joker
Il est garant du bon déroulement de la danse forum, dans le respect de chacun et l’attention à l’autre. Démarrage des séquences, timing, musique, feed-back. C’est lui qui arrête une scène lorsqu’il sent qu’elle est aboutie, mais aussi lorsqu’elle s’enlise, devient hors sujet ou hors cadre/règles, ou redondante. Son intervention vise à favoriser une prise de consience des problèmes plutôt que de proposer des solutions. Mettre immédiatement en discussion ce qui vient de se dérouler de manière à ce que chacun puisse faire partie du processus de création des éléments de la danse forum. De cette façon, on travaille à la fois sur le fond et sur la forme.

- La carte joker
Elle peut être utilisée par les membres de la troupe. 
En introduction: présentation de la danse forum, rappel des consignes latérales et transversales si nécessaire, ou des buts principaux.
Pendant la danse forum: répondre aux besoins exprimés par les spectadanseurs, possibilité de recentrer les débats, cibler les questions, dégager les thèmes, proposer des mises en scène chorégraphiques, favoriser la participation de tous, veiller au rythme global. Un équilibre est à trouver entre les stimulations et régulations de ces interventions, et l’espace de création et de liberté nécessaires à la danse forum.

- Rôle du chorégraphe improvisé, danseur ou spectadanseur
Mettre en scène, donner les rôles aux danseurs qu’il désigne pour commencer. Puis laisser l’expérimentation se faire sans donner d'indications supplémentaires. Soit il s’inclut dans la chorégraphie en dansant son propre rôle ou un autre, au moins une fois, soit il retourne dans le public et devient spectadanseur. Par contre, il n’est pas souhaitable qu’il reste sur scène sans y participer.

- Bilans: 
Proposition de filmer les expérimentations chorégraphiques à chaque forum (dans les ateliers comme dans les représentations publiques), dont nous visionnerions sur place un court extrait choisi, comme point de départ du bilan. Constituer dès à présent des archives de danse forum avec les extraits sélectionnés, pour constituer un matériau de travail et de réflexion. Tous les deux mois, dans le cadre des ateliers, nous visionnerons l’ensemble des documents filmés pendant cette période, pour faire le point.

- Concept à développer
Elaboration d’une « infra-technique » par auto-apprentissage, permettant d’exprimer la spontanéité : un « je ne sais quoi » à l’œuvre. Par infra technique, nous entendons cette technique invisible et qui donne à voir ce qui ne peut être perçu à l’œil nu : l’expertise du mouvement et de l’art, apportée par la vie, et qui se conscientise par la pratique.

Comme la poésie, l’infra-technique peut se transmettre, mais pas s'enseigner au risque de la dénaturer. L’un et l’autre ne sont pas reproductibles.

Buts de la danse forum

- Ramener la danse dans la vie, en tant que forme d’art. Rendre la danse à l’humanité qui est en soi et en chacun, plutôt qu’à l’esthétisme, l’accrobatie ou la virtuosité.

- Education du regard du spectadanseur comme du danseur, à la fois non-jugeant et critique, deux conditions sine qua non pour élever le propos.

Amanda, Andréine, Johanna, Leonardo
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